bio

Après des études d’arts appliqués, je rejoins les Beaux-Arts de Dijon où je développe une réflexion et une recherche sur la matière. En premier lieu sur la matière qui nous entoure, j’interroge la limite entre l’inerte et le vivant (PIT) en m’appuyant sur des théories scientifiques et philosophiques. Plus tard, je commence une réflexion sur «l’intangible» et notamment la lumière (Cube de schrödinger). Après plusieurs propositions, je crée l’installation «fulgororis corpus» (2014) interrogeant l’épaisseur d’une image vidéoprojetée. Je débouche alors sur une problématique qui me suit alors jusqu’à aujourd’hui : de quoi est constituée une image numérique ? De là, débute une réflexion constante sur la matière de l’image numérique. De sa restitution sur écran (LCD..) À sa composition intrinsèque (Memory), je cherche à comprendre et à investir ses processus de production.

Pour satisfaire à l’ambition photographique d’être transparente telle une «fenêtre ouverte sur le monde», le support de la photographie tend à s’effacer. Le pixel devient indiscernable, le bruit se lisse et se fait silencieux. L’image reste alors ancrée dans sa fonction d’imitation du réel. Sa matérialité s’estompe au profit de la représentation. De mon côté, je tente de faire surgir ces éléments de langage des appareils photographiques, pour redonner corps à l’image dite «dématérialisée». Je questionne donc inlassablement la caméra, préférant des outils qui laissent leur marque sur l’image aux dispositifs plus contemporains, qui, absorbés par cette quête de précision absolue dans la captation du réel, dissimulent leur véritable langage : le code. Cette matière numérique – pixellaire devrait-on dire – constitue le véritable sujet de mes photographies.

Durant cette période (2015), j’intègre l’école Louis-lumière pour en apprendre davantage sur l’outil que j’utilise maintenant quotidiennement. Je souhaite connaître son fonctionnement, m’immiscer dans la machine. En relation étroite avec mon outil, je me refuse à lui laisser tout le contrôle de l’élaboration de mon image. Ma méthode de travail se rapproche plus de celle d’un peintre que d’un photographe (du reste, je me rends compte que je vais plus volontiers dans les expositions de peintures que de photographies). Ce qui sort de l’appareil n’est alors pour moi qu’une matière première que je cherche à modeler pour en faire ressurgir la trace de ma manipulation et de celle de l’outil (appareil, logiciel..).

Poussé par les écrits de Vilèm Flusseur, de José Ortega et d’Anthony Masure, j’approfondis mon travail en entamant l’écriture d’un mémoire sur la morphogénèse de l’image numérique. La conclusion de ce mémoire met l’accent sur l’objectivité illusoire de la photographie. En effet, bien que celle-ci soit «déchargée de la main de l’homme» qui laissait la trace de son passage dans l’image, l’outil photographique produit une trace qui leur est propre (ISO). En effet, ces appareils sont produits par l’industrie qui leur applique et leur programme des choix esthétiques spécifiques. L’utilisation de tel «apparatus» induit donc de laisser le contrôle de son image à un programme.